Les états limites

Approche clinique de la posture éducative et thérapeutique des personnes qui interviennent auprès des « états limites »

Le principal propos de cet article est de mettre en lumière la posture éducative et thérapeutique des intervenants qui oeuvrent au quotidien auprès des Etats Limites. Si comme nous le supposons, le choix de travailler auprès des individus « Borderlines » s’inscrit dans l’histoire personnelle des éducateurs et des thérapeutes, il est nécessaire d’en comprendre les conséquences.

Tel un acrobate en équilibre sur un fil long tendu, nous cherchons nos propres limites. Dans la plupart des cas, le filet est solide mais parfois, il peut-être fragilisé par l’usure. La chute peut-être douloureuse et la vigilance est requise.

Si nous souhaitons réfléchir sur ce thème c’est que nous observons tour à tour, des étudiants qui tombent dans le même engrenage et dans le même tourbillon transférentiel et narcissique des États Limites.

Dans cet article, nous proposons de mettre en lien la pathologie narcissique de ces personnalités avec la difficile posture éducative et thérapeutique qui met à l’épreuve la stucturation psychique des intervenants.

Le Surmoi comme pare-excitation dans la rencontre avec les états limites

Depuis Anzieu, nous savons que la formation du «Moi-Peau»(1) assure le passage entre l’intérieur et l’extérieur, frontière qui permet à l’enfant de régulariser ses pulsions destructrices. Le Moi-Peau est Pare-Excitation car en donnant les soins à son enfant, la Mère l’aide à se construire une protection solide. Le Moi Peau protège le psychisme comme la peau protège les muscles et les os.

Cela revient à dire que le psychisme construit lui même sa propre enveloppe sous l’effet des forces qui l’animent. Il met à l’épreuve ses pulsions au contact de la réalité extérieure. La réponse de l’environnement à ce moment là, est primordiale.

En ce sens, le Surmoi sert de « pare-excitation » car il permet d’intérioriser la loi symbolique et par là même de réguler les manifestations de ses désirs.

Nous pensons que le Surmoi joue un rôle essentiel dans la rencontre avec les Etats limites.

Lorsque tout va bien, nous sommes capables de travailler nos capacités à représenter. Non pas comme source de vérité ou de science mais simplement comme un étayage possible pour entrer dans un entre-deux d’illusions partagées. L’Etat Limite n’a pas bénéficié du travail nécessaire à la mentalisation, de fait l’acting out contre soi même et, ou en direction d’autrui est privilégié.

«L’agir violent est une manière de mettre fin à un débordement émotionnel, d’éviter un vécu de chute dans une agonie primitive, mais aussi de trouver au dehors une contenance défaillante au dedans» (2)

Le Surmoi de l’intervenant n’est pas infaillible et les règles du fonctionnement psychique peuvent être ébranlées par la rencontre. En effet, la violence à laquelle nous sommes confrontés fragilise le psychisme et sème la confusion.

Sous l’effet d’attaques répétées, le Surmoi affaibli de l’intervenant ne joue plus son rôle de pare-excitation c’est à dire qu’il ne parvient plus à anticiper la détresse de l’Autre et ses réponses sont de moins en moins appropriées. Au quotidien, nous sommes pare- excitation car nous anticipons les situations d’angoisse. Nous tentons de contenir le désir du Sujet en lui offrant le réceptacle dont-il a besoin.

Voici le texte d’une étudiante de troisième année de formation. Aurore commence ainsi l’un de ses travaux (3):

« Caro qui est en fugue depuis quelques jours rentre d’elle même au foyer. Pendant quelques jours, elle est très mal, refuse de nous parler et ne souhaite pas se mélanger avec le reste du groupe. De plus, elle dort mal et cherche à s’isoler.
On la soupçonne de consommer de la drogue au sein du foyer car il y a certains états qui ne trompent pas.

Un soir, vers 20h, après le repas et alors que je me trouve dans le bureau des infirmiers, j’entends une autre jeune entrer dans la salle de bain et dire « putain ça sent le shit là! » Après vérification, il s’agit bien d’une odeur illicite. Caro est derrière nous pendant que nous fouillons les locaux (salle de bain, chambre etc…) elle nous regarde faire. Dans un premier temps, nous trouvons des miettes au fond de diverses boîtes puis je mets la main sur un sachet d’herbes assez important qui se trouve sur la tuyauterie de la salle de bain. Je la rejoins dans sa chambre et lui demande ce que c’est mais elle me claque la porte au nez. Je redescends avec le sachet pendant que mon collègue tente de discuter avec elle. Elle refuse et il redescend également.
Je le dépose sur le bureau, il est environ 20h45 mais je n’ai pas tellement la notion de l’heure. Ce que je sais c’est que peu de temps vient de s’écouler. Le veilleur de nuit qui vient d’arriver nous dit « c’est normal que Caro soit assise sur le rebord de la fenêtre? »
De suite, nous sortons,à l’exception d’une infirmière qui se trouve déjà à l’étage. Nous sommes sous la porte d’entrée. Caro est assise sur le rebord de la fenêtre. Elle a mis sous ses fesses une couverture afin de mieux glisser et s’est penchée pour tomber. Ma collègue qui est à l’intérieur a le réflexe de la retenir par le bas de son jean. Elle crie « mais laissez moi, laissez moi, je veux mourir!! »
et elle répéte ça, sans cesse.
L’infirmière parvient à la remonter, Caro s’effondre en pleurs. Un des infirmiers a déjà prévenu le médecin. Il nous informe que dès demain il annoncera à Caro qu’elle partira à l’hôpital psychiatrique en chambre d’isolement.
L’infirmière reste auprès d’elle pour parler, moi je suis toute tremblante. Je suis restée peu de temps avec eux. Je sens que je vais pleurer, je préfère partir. Dans ma voiture sur le parking, je pleure en m’imaginant ce corps tomber. Je me dis qu’en si peu de temps elle serait morte, que la vie ne tient à rien parfois. Me dire que si le veilleur n’était pas arrivé nous aurions entendu un gros boum et tout aurait été fini. C’est là que je me suis dis que j’étais responsable car c’est MOI qui avait trouvé le sachet, et que sans cette drogue elle met fin à ses jours.
Toute la soirée chez moi je n’ai cessé de ré-entendre ses paroles « mais laissez moi laissez moi!! »
Le lendemain après midi je retourne au foyer pour effectuer 14h 21h, le médecin est là et a déjà prévenu la jeune qu’elle allait être internée en chambre de soins intensifs. Elle reste dans sa chambre. Nous allons en réunion. Caro sera emmenée par un infirmier après la réunion.
Pendant le temps que dure cette réunion, personne n’est présent pour la surveiller…. »

Aurore Maillet: étudiante ES : IRTS de Poitiers

Pris dans les réminiscences de ses angoisses, l’intervenant est confronté à celle du Sujet: «Je suis coupable de ne pas être suffisamment fort pour te sauver.»
Les sentiments d’échec à répétition favorisent la posture régressive liée à la crainte de détruire le premier objet d’amour.

Destruction qui fige désormais la répétition dans le temps et l’espace de la mémoire. Si pour l’intervenant, l’angoisse est archaïque et met en lumière ses peurs imaginaires, pour l’État Limite la perte s’inscrit dans le Réel. Ainsi, Andrée Green (4) désigne une expérience particulière que peut vivre l’enfant lorsque sa mère, après avoir été un objet, source de satisfaction et de stimulation, devient subitement froide, éteinte comme morte. Soudain dévorée par une dépression sévère, liée à un deuil réel ou à une grande déception de la vie, cette mère est subitement trop triste pour inter-agir de façon vivante avec son enfant. Cette présence absente de la mère l’expose au sentiment de vide et d’impuissance, à la solitude, d’une façon comparable à ce qui peut être vécu dans l’expérience du deuil. L’enfant est alors laissé seul avec lui-même alors qu’il aurait désiré un partage émotionnel basé sur la vitalité des échanges. Si la mère ne répond pas à l’enfant, il peut penser alors l’avoir détruite. La peur de la perte est inscrite en chacun de nous et les intervenants n’échappent pas à cette règle.

Il s’agit donc de ne pas se laisser enfermer dans le psychisme de l’autre. Les mécanismes de défenses des personnalités «Borderline» sont primitifs, faits d’identifications projectives et de clivages qui risquent d’entraîner chez les professionnels de fortes réactions émotionnelles. Margarett Little (5) dans son article intitulé « le contre-transfert et la réponse du patient à celui ci » précise: «Chacun d’eux représente un miroir différent contenant à la fois une série de projections répétées et d’autres, nouvelles et inédites»: Ainsi la complexité et l’enchevêtrement de ces différents mouvements sont mis en évidence»

L’intervenant peut donc s’exposer à revivre des angoisses primitives qui l’incitent à mettre en avant d’ inévitables mécanismes de défense comme celui de se «blinder» de façon à protéger ses affects. Dans ce cas, le Surmoi ne joue plus son rôle de pare-excitation mais se rigidifie, jusqu’à devenir imperméable à la souffrance de l’autre. L’intervenant peut également s’assujettir dans la relation c’est à dire qu’il peut s’aliéner au désir de l’autre ou encore se sentir investi d’une mission. Ce sentiment de toute puissance est le désir inconscient d’être en mesure de guérir le sujet. Certains persistent jusqu’à l’épuisement jusqu’à ce que la honte psychique décrite par De Gaulejac (6) fasse perdre toute confiance en leurs capacités et que le psychisme en soit affecté. L’impression ressentie peut-être celle d’être indigne face à la tâche confiée.

Les angoisses primitives sont liées dans ce cas, à l’expérience du deuil. Pour l’intervenant, elle est imaginaire car la peur d’être abandonnée n’est pas l’abandon. Nous avons tous fait l’expérience de perdre un jour l’être aimé mais nous l’avons surmonté grâce au rythme suffisamment bon de la Mère et à notre capacité de symboliser. L’expérience du For Da de Freud en est d’ailleurs un exemple. En effet, par le jeu de la bobine, Freud montre comment son petit fils parvient à penser l’absence de sa mère dans la présence. Dans un surprenant va et vient, il fait disparaître et revenir l’objet comme si au déplaisir de la perte se substituer le plaisir de gérer, d’ordonnancer soi même la disparition.

Pour l’État limite, la perte est réelle. Nous pouvons dire que cette expérience unit les individus, alimente la fascination en même temps qu’elle menace la structure psychique des intervenants.

Le Surmoi et l’Ideal du Moi dans l’accompagnement clinique

Les motivations qui induisent la posture professionnelle des intervenants est à mettre en lien avec le narcissisme projectif des états limites.
Nous avons interrogé plusieurs étudiants quant aux motivations qui les ont incité à travailler auprès des personnalités «Borderlines». La plupart ont répondu qu’il s’agissait d’une sorte de pari, de « challenge personnel » qui les poussaient à se confronter à cette difficulté. De plus, notre expérience professionnelle nous permet de faire le constat suivant: L’Idéal du Moi des intervenants a à voir avec une volonté de ne pas se soumettre à la Loi en même temps qu’ils la représentent. Il y a là un paradoxe qui est à comprendre comme un désir non avoué de réconciliation avec la Loi du père. En son temps, Mirabeau a lutter contre les idées paternels pour, finalement, demander à être enterré dans la tombe de celui-ci.

Conscient qu’il ne s’agit là que du haut de l’iceberg, ces remarquent méritent néanmoins d’être prises en considération.
Travailler avec ces personnalités exige un nécessaire renoncement. C’est à dire qu’il faut sinon abandonner, du moins prendre conscience du dangereux décalage qui existe entre nos aspirations et la pathologie à laquelle nous sommes confrontés.

Depuis Freud nous savons que la recherche de l’ Idéal du Moi est à mettre en lien avec le narcissisme perdu de l’enfance.
Dans le développement de l’enfant, la honte précède la culpabilité. En effet, la honte est intimement liée à l’absence du regard suffisamment contenant de la Mère.

Il ne faut donc pas confondre honte et culpabilité même si ces deux termes sont étroitement mêlés. En effet la culpabilité correspond au fait de ne pas se sentir suffisamment fort pour «sauver l’individu» alors que honte est davantage liée au regard de la mission dont la personne se sent investie et pour laquelle elle ne se sent pas pas suffisamment digne.

Les rapports mère nourrisson posent le socle de l’Ideal du moi. La représentation de soi est alors agréable ou tout du moins, supportable.
Progressivement, l’enfant craint davantage de perdre l’amour de Soi protégé par son Surmoi, que celui de ses parents. C’est ainsi qu’il va s’intéresser à d’autres choses qui sont importantes pour lui car elles sont importantes pour eux.

Le sentiment de castration qui marque la fin de l’oedipe indique que la crainte est plus forte que le désir et favorise le continuum de l’Idéal du Moi, l’enfant idéalise le code moral de ses parents même si, à l’adolescence, la rupture est brutale. L’intervenant inscrit sa problématique dans le paradoxe du meurtre du Père, incarné par l’autorité de l’État. Je te défie en même temps que je t’aime. Dans ce contexte, la rencontre avec l’État Limite est brutale car lui, souffre de ne pas être dans le paradoxe. Les mécanismes de clivage l’oblige à adopter une relation qui s’inscrit dans le tout ou rien..

Lilian était un jeune garçon de 14 ans, extrêmement difficile dont le profil se rencontre frequemment en Institut thérapeutique éducatif et pédagogique, en maison d’enfants à caractère sociale, foyer de l’enfance, centre d’éducation fermé…..
Enfant avec un rapport à l’autre marqué par le clivage; Parfois, il cherchait à m’agresser physiquement et sa violence était extrême et à d’autres moments, il recherchait ma compagnie et me faisait des déclarations d’amour.

Jeune éducatrice, j’avais bien des difficultés à me situer et ce, d’autant que la Loi Symbolique était pas ou peu représentée par la direction de l’établissement où je travaillais à l’époque.
Cet enfant était confié à la maison d’enfants dans le cadre d’un placement judiciaire.

Abandonné par sa mère, une prostituée, il avait été élevé quelques temps par sa grand mère qui semblait constituer le seul repère fiable de l’adolescent. Son rapport aux femmes était à la fois teinté de haine et d’amour fou.
«Je n’étais pas un bon fils puisque on ne m’a pas donné assez. j’ai besoin de tuer l’autre pour exister. L’Autre c’est la femme qui ne m’a pas donné ce qui me manque, cette part qui fait de moi l’ombre et la lumière, le jour et la nuit…le paradoxe».

L’état Limite ne saisit qu’un côté des choses, il rêve d’une vie normale et tente de l’obtenir, d’autre part il répond au principe de plaisir sans sembler avoir accès au principe de réalité.
La demande est exclusive et la rencontre est brutale.

Nous devons prendre conscience des risques auxquels nous nous exposons pour que la relation ne devienne pas un lieu de confrontation: narcissisme contre narcissisme.
Le Surmoi protège le narcissisme car il autorise le fantasme. Chez l’état limite, l’imaginaire prend le pas sur le symbolique. C’est pourquoi, il existe un risque de fabulation, le sujet peut dire ce que nous avons envie d’entendre car il fonctionne en « faux self » il est adapté…en surface. Le Surmoi est détourné de sa mission à cause de la relation anaclitique, c’est à dire que le sujet agit dans une relation de dépendance à l’autre. Le Surmoi ne joue donc plus son rôle et renvoie le narcissisme dans l’Imaginaire et le Réel. Le risque c’est que le surmoi de l’intervenant se projette sur le narcissisme du sujet rendant impossible toute mentalisation liée à l’Idéal du Moi. Ne pas renoncer à son Idéal signifie entrer dans l’illusion de l’immobilité psychique car et comme le souligne Vincent Estellon: (7)« Le sentiment d’être identique à soi malgré les différentes épreuves de la vie fonde la croyance même d’exister dans une forme relative de permanence». Et c’est à cela que sert la projection. Elle s’intègre au transfert et fige le désir dans le leurre de son aboutissement.

Porte honte, porte culpabilité: Déjouer le piège de la confrontation.

Albert Cicconne et Alain Ferrant (8) nomment le «porte culpabilité» et le «porte honte» les tentatives du sujet pour rendre la personne conforme à ses attentes.
Si le «porte honte» ou le «porte culpabilité» sont inévitables, est-il possible de trouver une alternative ponctuelle à la relation? Et si oui, quelle forme nous parait la plus judicieuse? C’est la question à laquelle nous allons maintenant tenter de répondre.

Comme la mère «suffisamment bonne» (9), l’éducateur va tenter, à partir d’un moment et d’un lieu privilégié de permettre au sujet de venir expérimenter quelque chose qui semblait toujours se répéter sur le même mode.

Pour Mélanie Klein (10)la projection aide à identifier dans le monde extérieur un objet sur lequel est projeté l’affect destructeur porté en soi. Si le Moi éprouve du plaisir, l’objet est «bon» tandis que lorsque le Moi éprouve du déplaisir, l’objet devient mauvais. Au début de la vie, sujet et objet sont confondus. L’enfant a besoin de cliver pour s’y retrouver. De façon caricaturale, ce qui est projeté au dehors concerne le déplaisir tandis que ce qui est introjecté se rattache au plaisir selon les configurations du modèle oral : « ce qui est bon, j’avale ; ce qui est mauvais, je crache ». Dans cette position, l’objet ne pré-existe pas, il est en construction. C’est en cela que la projection identificatoire construit un objet d’identification. L’étape qui suit la projection est l’identification projective qui aboutit, dans le développement normal, à la réintégration identifiante de ce qui a été projeté. Or René

Roussillon nous dit que « le cas limite répèterait indéfiniment cet échec primordial du détachement primaire de l’objet, non symbolisable mais enkysté dans le narcissisme primaire du sujet » (11). Entre la projection et l’identification projective quelque chose se refuse à la transformation et fige la douleur qui s’exprime au plus près de la représentation de l’objet perdu. L’image renvoyée par l’Autre n’est plus soutenue par son amour mais vissée sur le trauma de la perte empêchant le nécessaire travail de la projection- identification. La construction de l’objet implique l’apprentissage de l’ambivalence, c’est-à- dire, la capacité de se représenter l’autre comme à la fois bon et mauvais. C’est précisément ce processus d’ambivalence que le clivage met en échec.

Il est nécessaire d’augmenter les introjections positives. L’individu qui est soumis continuellement à des expériences négatives possède une image de soi défaillante et est dominé par les pulsions de mort. Il y a une difficulté ou une grande fragilité à maintenir une distinction interne/externe ainsi que l’amorce dans l’interne d’une différenciation entre l’imaginaire et les représentations perçues.

Les expériences créatrices fortifient les bons objets internes qui pourront secourir l’enfant dans les situations de détresse, elles augmentent la sécurité intérieure et la foi dans les capacités réparatrices. Le besoin de réparation résulte de l’accès à la position régressive qui intègre les bons et mauvais objets internes et externes et engendrent des sentiments d’ambivalence. L’enfant peut alors faire l’expérience de la présence dans l’absence. C’est à dire qu’il peut accepter d’être séparé de l’Autre sans se sentir abandonné.

La projection est avant tout une tentation de maîtrise du sujet associé au clivage et alimenté par lui. Il s’agit autant que possible de ne pas se confronter de plein fouet au sujet mais de tenter d’isoler la perception pour tenter de la mettre au travail.

Expérience de théâtre sous forme de comédie musicale.

Nous proposons de privilégier la question du «porte honte» ou du « porte culpabilité » par l’intermédiaire d’une activité qui privilégie le processus projectif.
Il y a de nombreuses années nous avons mis en place une activité théâtre sous forme de comédie musicale en play back. Le choix des misérables n’était pas innocent. Les adolescents avaient le choix de choisir leur rôle. Dans cet espace potentiel au sens de winnicott, les perceptions étaient alors projetées sur le personnage.

L’intervenant participant ou non à l’activité portait alors un regard bienveillant qui permettait alors à l’adolescent d’introjecter des éléments positifs.
Ce qui me semble intéressant dans cette expérience c’est bien la respiration psychique: Introjection-projection venant rompre le schéma cognitif.

Il ne faut pas confondre projection et transfert. Le terme de transfert renvoie au déplacement de sentiments, désir…inconscient d’un objet vers un autre. La projection est un mécanisme de défense qui consiste à faire porter à autrui des sentiments qu’on ne peut accepter comme siens. Pour Freud, l’origine de la projection est liée à deux faits complémentaires: Il s’agit pour le sujet de percevoir le monde extérieur alors que la mise en œuvre du dedans et du dehors n’est pas encore effective.

De ce fait, nous proposons donc d’offrir un cadre à la fois sécurisant et contenant dans un bain de musique pour offrir à l’adolescent un espace régressif et créatif.

Pour Ali Sami (12):  la définition de la projection peut-être définie comme suit :
« Opération par laquelle le sujet expulse de lui et focalise dans l’autre, personne ou chose , des qualités, des sentiments et des désirs, voire des objets qu’il méconnaît ou refuse en lui ».
La musique offre un bain de sensations et permet aux perceptions de se libérer. Aucun texte à apprendre. Pour des personnes en échec solaire, le moment semble mal choisi pour mettre l’accent sur l’apprentissage. Nous réservons ce temps à l’approche éducative et thérapeutique.

Je me souviens de Melissa qui avait choisi d’interpréter le personnage de Fantine et qui laissait couler un flot de perceptions autorisé et sans danger. Laisser la projection faire son œuvre et la temporalité se figer dans cet espace d’illusion. Rendre positive une expérience à priori négative pour déjouer le Réel et offrir un seconde souffle.

Ainsi, l’activité est perçue comme entre-deux thérapeutique tout en respectant le rythme de l’intervenant. Cela lui permet de récupérer et lui laisse le temps de mettre son psychisme au travail.
Le théâtre est une initiative parmi d’autres qu’il nous faut envisager dans un contexte plus global. Ce qui compte, c’est de ne pas devenir prisonnier du narcissisme de l’autre, de ne pas devenir objet de fascination en même temps que l’autre nous fascine . Avoir conscience de notre culpabilité comme de notre propre honte, nous encourage en même temps que cela nous protège.

Conclusion

D’une part le Surmoi est à considérer comme pare-excitation car il permet de contenir les angoisses du Sujet. Cependant, dans la rencontre avec les pathologies limites, cette posture peut mettre en exergue des peurs archaïques qui réveillent un sentiment de culpabilité et activent la mise en place de possibles mécanismes de défense.

D’autre part, il permet de maintenir les fantasmes liés à L’idéal du Moi. Mais là encore, il faut-être vigilant et comprendre les motivations profondes qui nous incitent à faire nos choix pour éviter une danse narcissique pathogène avec les États Limites.
Enfin nous avons voulu proposer une alternative ponctuelle à la confrontation directe avec les personnalités Borderlines et plus précisément en accentuant nos propos sur la projection pathologique.

L’activité n’est qu’un exemple parmi d’autres. Pour la suite de notre recherche, nous proposons de faire une étude auprès d’étudiants et professionnels afin de démontrer les points communs qui existent chez les personnes qui choisissent de travailler auprès d »États Limites.

La suite de cette réflexion devrait nous permettre d’affiner nos positions.

Maryse Maligne
Formatrice en travail social IRTS Poitou-Charentes
Article paru dans le journal des psychologues de décembre, janvier 2014.

Bibliographie

  1. Anzieu Didier: LeMoi-Peau, Paris-Dunod1995, collection psychismes.
  2. R. Roussillon, C. Chabert, A. Ciccone, A. Ferrant, N. Georgieff, P. Roman: Éditions Elsevier-Masson, 2007.
  3. Maillet Aurore: Extrait de son mémoire de fin d’étude, juin 2012. IRTS Poitiers
  4. Green André: Narcissisme de vie, narcissisme de mort. Paris, minuit, 2010.
  5. Little Margarett: Journal of psycho-analysis. 32-40, 1951«Courtertransference and the patient’s response to it»
  6. De Gaulejac Vincent: Les sources de la honte, Paris, Des clée de Brouwer, 1996, 2002, collection sociologie clinique
  7. Estellon Vincent: Le temps immobilisé: ERES, cliniques méditerranéennes, 2012, numéro
  8. Honte culpabilité et traumatisme: Albert Ciconne, Alain Ferrant
  9. Winnicott D.W. Processus de maturation chez l’enfant.
  10. Klein Mélanie: Le transfert et autres écrits: Éditions Paris Puf, 2007, collection bibliothèque de Psychanalyse.
  11. Roussillon René: Paradoxes et situations limites de la psychanalyse: Puf 1991. 12. Sami Ali, Paris 1992. De la projection : Une étude psychanalytique,

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